Souveraineté numérique, compétitivité économique, résilience des infrastructures : le numérique est devenu un levier central de transformation économique et politique. En Europe, il représente déjà plus de 6 % du PIB, avec une croissance nettement supérieure à celle de l’économie globale. En France, le secteur numérique pèse près de 80 milliards d’euros de chiffre d’affaires et connaît une progression annuelle soutenue, portée par le cloud, les données, l’intelligence artificielle et la cybersécurité.
Face à l’accélération des usages, à la montée des dépendances technologiques et à un environnement géopolitique de plus en plus contraint, l’Union européenne a fait le choix de passer d’une logique d’innovation à une logique de déploiement structuré des capacités numériques.
C’est dans ce contexte qu’a été conçu le programme DIGITAL EUROPE. Plus qu’un simple dispositif de financement, il constitue un cadre stratégique visant à transformer des priorités politiques en capacités numériques opérationnelles, au service des entreprises, des administrations et des territoires européens.
Un programme dédié au déploiement du numérique, pas à la recherche
DIGITAL EUROPE marque une rupture claire avec les programmes européens traditionnels. Pour la première fois, l’Union européenne se dote d’un instrument financier spécifiquement dédié non pas à la recherche et à l’innovation, mais au déploiement concret de technologies numériques stratégiques.
Doté d’un budget compris entre 7,5 et 8,1 milliards d’euros sur la période 2021–2027, le programme vise à renforcer durablement la compétitivité européenne tout en réduisant les dépendances technologiques, dans un contexte où plus de 70 % des services cloud utilisés en Europe restent aujourd’hui extra-européens.
Contrairement à Horizon Europe, centré sur la R&D, DIGITAL EUROPE intervient en aval, lorsque les technologies sont suffisamment matures pour être intégrées à grande échelle dans les organisations publiques et privées.
Des priorités numériques stratégiques clairement identifiées
Le programme cible des domaines considérés comme critiques pour l’autonomie stratégique européenne :
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Ces priorités répondent à des constats structurants : en Europe, près de 40 % des entreprises déclarent encore un déficit de compétences numériques, tandis que les besoins en experts IA et cybersécurité progressent de plus de 20 % par an.
2025–2027 : une phase de maturité et d’industrialisation
Le programme de travail 2025–2027 marque une phase de maturité. L’enjeu n’est plus de multiplier les initiatives, mais de consolider les capacités numériques existantes, d’en assurer la soutenabilité et d’en maximiser l’impact à l’échelle européenne.
L’intelligence artificielle s’impose comme un fil conducteur transversal. L’Union européenne affiche l’ambition de structurer un véritable « continent de l’IA », reposant sur :
- des infrastructures de calcul performantes,
- des espaces de données interopérables,
- des capacités de test en conditions réelles.
Les investissements soutiennent notamment les AI Factories, adossées aux supercalculateurs européens, ainsi que les Testing and Experimentation Facilities, permettant de valider des usages concrets de l’IA dans des secteurs clés tels que la santé, l’industrie, l’énergie ou les services publics. Cette dynamique accompagne l’entrée en vigueur du règlement européen sur l’intelligence artificielle et facilite son appropriation par les acteurs économiques.
Cybersécurité : un pilier de la confiance numérique
La montée en puissance du numérique s’accompagne d’une augmentation significative des risques. En Europe, les incidents cyber ont progressé de plus de 30 % en cinq ans, touchant aussi bien les administrations que les entreprises et les opérateurs de services essentiels.
DIGITAL EUROPE place la cybersécurité au cœur de son action, en soutenant :
- la résilience des infrastructures critiques,
- la capacité de réponse aux incidents,
- la sécurisation des chaînes de valeur numériques.
Le programme 2025–2027 prévoit notamment la constitution d’une réserve européenne de cybersécurité, traduisant une approche désormais stratégique et collective de la sécurité numérique.

Compétences numériques et territoires : réduire les fractures
La transformation numérique européenne ne peut réussir sans un effort massif sur les compétences. Aujourd’hui, près de 55 % des entreprises européennes peinent à recruter des profils numériques qualifiés, tandis que les disparités territoriales restent marquées.
DIGITAL EUROPE consacre une part significative de ses financements au développement des compétences numériques avancées, à travers des académies spécialisées et le soutien aux établissements de formation. Les pôles européens d’innovation numérique jouent un rôle clé de proximité, en accompagnant les PME, les collectivités et les administrations dans l’adoption concrète des technologies numériques.
Financement, conformité et gouvernance : un cadre exigeant
DIGITAL EUROPE finance principalement des projets collaboratifs associant plusieurs entités issues d’États membres ou de pays associés, avec des taux de financement généralement compris entre 50 % et 100 % pour les actions non économiques.
Ces financements s’accompagnent d’exigences renforcées en matière de :
- sécurité et gouvernance,
- conformité réglementaire,
- traçabilité financière,
- articulation avec les autres instruments européens afin d’éviter tout double financement.
Dans ce contexte, la maîtrise des cadres européens devient un enjeu stratégique à part entière. C’est précisément sur ce terrain qu’intervient Équation, en tant qu’acteur indépendant d’audit et d’analyse. Sans intervenir dans le montage ou le portage des projets, Équation accompagne les décideurs publics et privés par des audits de positionnement, des benchmarks européens et sectoriels, ainsi qu’une veille réglementaire et institutionnelle sur les grands dispositifs du numérique. Cette approche permet d’éclairer les choix stratégiques, d’anticiper les exigences de conformité et de sécuriser les trajectoires numériques dans la durée.
Gouvernance administrative et cadre financier
Le programme DIGITAL EUROPE est mis en œuvre principalement en gestion directe par la Commission européenne, appuyée par des agences exécutives. L’instruction des projets, la contractualisation des subventions et le suivi de leur exécution s’inscrivent dans un cadre centralisé, garantissant cohérence et contrôle.
Sur le plan financier, le programme repose sur une programmation pluriannuelle mobilisant principalement des subventions, complétées par des marchés publics et, dans certains cas, des instruments financiers. Les bénéficiaires sont soumis à des obligations strictes de reporting et peuvent faire l’objet de contrôles et d’audits à différents stades de la mise en œuvre.
Conclusion
DIGITAL EUROPE s’impose comme l’un des instruments centraux du développement numérique en Europe. Il ne s’agit plus seulement d’innover, mais de transformer des ambitions politiques en capacités numériques durables, intégrées dans les usages réels des entreprises, des administrations et des territoires.
Dans un contexte de forte accélération technologique et de contraintes réglementaires croissantes, la capacité à comprendre, anticiper et maîtriser les dispositifs européens devient un facteur clé de compétitivité et de souveraineté. L’enjeu n’est pas uniquement d’accéder aux financements, mais de s’inscrire de manière maîtrisée et pérenne dans les trajectoires numériques européennes.

